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chasse a la baleine

baleinier L'un des plus connus, car exposé au Mystic Seaport Museum sur la côte N.E. des USA et illustrant de nombreux ouvrages sur la chasse à la baleine, le Charles W. Morgan a été mentionné en octobre 1847 chassant dans les eaux calédoniennes. Ce baleinier de 32 m de long lancé à New Bedford en 1841, a été transformé en trois mâts en 1867. Il servit pendant 80 ans. Le dernier voilier baleinier américain, le Andrew Hicks a été vendu au commerce en 1917

Les baleiniers en Nouvelle-Calédonie

Ce furent essentiellement les américains qui chassèrent la baleine dans le Pacifique. Ils apparaissent dans les eaux calédoniennes 60 ans avant la prise de possession de la Nouvelle-Calédonie par la France. A partir de 1840 et jusque vers 1870 ils y côtoient les baleiniers français. Les baleiniers chassaient essentiellement autour des îlots Chesterfield à l'ouest de la Nouvelle-Calédonie et dans une moindre mesure au nord de la Grande Terre et des îles Loyauté.

Le premier signalé dans les eaux calédoniennes serait le baleinier Britannia en novembre 1793. C'est ce navire qui aurait découvert l'île de Britania, aujourd'hui dénommée Maré (îles Loyauté). En 1806, ce navire de 300 tonneaux vint heurter le récif " Elisabeth reef " situé au nord de Lord Howe.

Une cinquantaine de navires baleiniers américains (identifiés par Robert Langsom d'après leurs livres de bord) ont été mentionnés dans notre région (Grande Terre, îles Loyauté, Walpole et Hunter) entre 1793 et 1887, avec une présence plus marquée entre 1835 et 1860. Les Chesterfield ne sont pas mentionnées explicitement, mais peut-être n'étaient-elles pas encore considérées comme françaises (elles ne le sont devenues que le 15 juin 1878).

D'une manière générale, ces navires fréquentaient nos eaux de juillet à décembre, avec un pic en août et septembre. Toutefois, le navire baleinier américain William Hamilton, mentionné en 1839 et 1841, est signalé en février et mars. C'est ce baleinier qui a recueilli quelques marins européens et les assistants du père Channel après son assassinat à Futuna, le 27 avril 1840..

Leur présence cesse en 1887.

Les français

Les baleiniers français ont commencé à chasser en Océanie à partir du premier tiers du XIXe siècle. Le Gustave, navire de 480 tonneaux, armé au Havre en 1835 fit une fructueuse chasse en 1862 dans la région des îles Chesterfield. Il y revint en 1863, mais sa chasse fut infructueuse. Il fit escale en Nouvelle-Calédonie, à Arama, espérant trouver des baleines entre Balabio et la Grande Terre, mais sans succès. Le médecin du bord a décrit cette escale dans son journal. A la suite de graves avaries en mer d'Okhotsk, le navire fut condamné à Tahiti le 15 janvier 1866.

Le Winslow a fait équipe avec le Gustave pendant plusieurs semaines en 1863. L'année précédente, il avait pris 21 baleines en 3 mois dans le nord ouest de la Nouvelle-Calédonie. Navire de 637 tonneaux, il a été construit à Paimboeuf et lancé le 12 avril 1852. Ce navire n'était pas le plus grand des navires construits en France, mais fut sans doute celui, sur lequel le plus grand nombre de perfectionnements fut apporté lors de sa construction. Il a été le dernier baleinier français à rentrer au Havre. Le 20 mai 1873, il fut vendu à des armateurs nordiques.

Les baleines dans les eaux de la Nouvelle-Calédoniecarte cetaces

La Nouvelle Calédonie était plutôt à l'écart des principales aires de rassemblement des baleines. Les principaux sites de pêche dans sa zone étaient les Chesterfield, Matthew, Walpole et dans une moindre mesure le nord des îles Loyauté, l'extrême nord de la Grande Terre, l'île des Pins. On y rencontrait essentiellement deux espèces de grands cétacés, le cachalot et la baleine à bosse.

Les cachalots étaient au XIXe siècle fréquents sur les côtes de la Grande Terre. On note encore en 1935 dans le quotidien calédonien "Bulletin du Commerce" et à plusieurs reprises des articles relatant de nombreux cachalots échoués. On les voit beaucoup moins souvent et en plus petit nombre aujourd'hui.

La baleine bleue venue mourir dans la baie de Prony en 2002 est très rare dans nos eaux.

L'impact des baleiniers sur la population mélanésienne

Le dépeçage et la fonte de la graisse se faisaient en mer. Les navires baleiniers venaient donc à terre seulement pour des besoins de ravitaillement , d'eau ou de bois. Ils pouvaient faire escale durant leur hivernage. Ainsi Paddon installa des comptoirs pour ravitailler les baleiniers à Hienghène, Poum, Balade, île de Balabio et Anatom aux Nouvelles -Hébrides.

La désertion des marins était très importante car les équipages étaient peu motivés (ils étaient souvent "recrutés" de façon plus ou moins forcée dans les bars des ports), les campagnes en mer étaient extrêmement longues et le travail très dur. Les désertions pouvaient ainsi conduire à l'implantation d'européens dans certains territoires. Il semble qu'elles aient été peu importantes en Nouvelle-Calédonie. En revanche quelques marins baleiniers se sont retirés à Maré à Lifou et dans le Nord de Nouvelle-Calédonie. Ils y ont laissés une descendance. Egalement, plusieurs baleiniers ont fait naufrage sur les côtes calédoniennes (voir aussi la page "Fortunes de mer") y laissant probablement quelques rescapés.

Enfin les recrutements pour compléter des équipages et remplacer des marins déserteurs pouvaient aussi avoir un impact. Il s'en est fait aux îles Fidji, Tonga, Samoa, Futuna, mais on en n'a pas trouvé de traces en Nouvelle-Calédonie.

L'impact des baleiniers sur la population autochtone a donc été réel, mais limité. Il porterait essentiellement sur celle du Nord et des îles Loyauté. Il a été beaucoup moins important que celui des santaliers dont le commerce de troc a conduit à une véritable mutation technologique chez les mélanésiens.

Histoire de la chasse à la baleine

Ce sont les Basques qui sont les premiers chasseurs et harponneurs connus. Ils établirent une station dans le Labrador dès 1536. Toutefois la chasse à la baleine commença probablement bien plus tôt par bien des populations côtières, dont les Basques, mais aussi les Vikings, certaines tribus indiennes d'Amérique du Nord (Makah, Nootka, Nuu-chah-nulth ) et les Japonais. Au XVIIe siècle les nations maritimes, Angleterre, Ecosse, Hollande, embauchèrent les Basques à prix d'or. Ceux-ci avaient développé la technique de la chasse en baleinière au harpon alors qu'au XVIe siècle les Japonais attrapaient les baleines au filet, après les avoir rabattues sur la côte, car le filet ne descend pas profondément dans l'eau.
Du XVIe siècle au XIXe siècle l'huile des baleines fut principalement utilisée pour faire du savon et ce marché s'effondra au XIXe car d'autres huiles moins odorantes remplacèrent l'huile rancie à bord des baleiniers. Cette chance pour les baleines ne dura pas. L'activité de chasse repris de plus belle quand on découvrit comment transformer et utiliser leur huile pour l'éclairage et bien d'autres usages. Le pétrole fut découvert en 1859 et remplaça progressivement l'huile de baleine. Néanmoins la chasse continua et devint industrielle au XXe siècle (le canon lance-harpon à tête explosive fut inventé en 1864 par le capitaine Norvégien Svend Foyn). Elle faillit faire disparaître à jamais baleines et cachalots. Plus d'un million et demi de ces cétacés furent tués au XIX e siècle et plus de 700 000 au siècle suivant.

Aujourd'hui seuls le Japon et la Norvège chassent encore la baleine. L'Islande toutefois envisage de les chasser à nouveau. Les autres nations maritimes tentent de limiter l'impact de cette chasse en instituant des sanctuaires dans leurs eaux territoriales. Un sanctuaire a été également institué dans le Pacifique et l'Antarctique au sud du 40 ème parallèle. Le Japon continue toutefois d'y chasser la baleine (environ 400 par an), légalement car il avait été la seule nation à s'opposer à l'institution du sanctuaire. Onze pays du Sud Pacifique ont décidé de faire un sanctuaire de leur Zone Economique Exclusive. Ce sont l'Australie, les îles Cook, Fidji, la Polynésie Française, la Nouvelle-Calédonie, la Nouvelle Zélande, Niue, la Papouasie Nouvelle Guinée, Tonga, Samoa, et le Vanutatu. Deux territoires français participent donc à cette lutte pour protéger les baleines de l'extinction. Le territoire des Îles Wallis et Futuna pourrait les rejoindre.

Chiffres

Page réalisée avec la collaboration d'Alain Le Breüs et à partir de ses recherches faites pour le Musée de l'histoire maritime de Nouvelle-Calédonie, décembre 2002

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